Poursuivez l’aventure sur la magazine VIVRE PARIS.
MARCIAL DI FONZO BO OU LE RIRE FRONDEUR !
Texte de David Dibilio.
C’est le plus Parisien des Argentins. Avec sa compagnie Le Théâtre des lucioles, il reprend cet automne « L’Entêtement », créé en juillet au festival d’Avignon. Dernier épisode de son projet à partir des textes de l’auteur argentin Rafael Spregelburd (après « La Connerie », « La Panique » et « La Paranoïa »), la pièce est une réflexion sur le langage, la politique, l’identité, le nationalisme. Dit comme ça, ça sent l’intello-chiant. Mais comme toujours chez Marcial Di Fonzo Bo, il s’agit de dire des choses sérieuses en utilisant une forme qui ne l’est pas. Rencontre avec un personnage un peu à part dans la famille du théâtre français dont il pense que les membres sont un peu trop coincés…
« L’Entêtement » vient terminer un cycle, dans votre travail comme dans celui de Rafael Spregelburd.
Oui, Rafael a écrit ces pièces après 2001, au moment de la grande crise économique en Argentine. A cette époque, on imaginait difficilement pouvoir faire autre chose qu’un monologue devant un fond noir. Il s’est dit que c’était justement le moment de faire des pièces démesurées, et qu’au contraire, il ne fallait pas faire de minimalisme, qu’il fallait y aller fort !
Comment s’est faite la rencontre avec Rafael Spregelburd ?
La première rencontre s’est faite avec ses textes, qui sont publiés en Argentine. Je l’ai ensuite découvert à travers son travail au théâtre. Il a la particularité d’être à la fois dramaturge, metteur en scène mais aussi comédien jouant dans ses propres pièces. Ses textes sont très en lien avec le plateau, sa compagnie et le jeu des acteurs. Quand on lit l’une de ses pièces, on a le sentiment qu’il s’agit davantage d’un enregistrement sonore de l’une des représentations que d’un objet littéraire. Une grande partie n’est en fait pas écrite et dépend des situations mises en jeu. J’ai trouvé qu’il y avait des résonances entre nous : je suis comédien mais aussi metteur en scène, je suis fidèle à ma troupe, qui est plus un collectif d’acteurs qu’une compagnie au sens traditionnel du terme. Nous avons beaucoup de points communs, sur la forme mais aussi sur le fond, je suis très concerné par les thèmes qu’il aborde.
Spregelburd n’avait jamais été joué en France, pourquoi ?
En France, le théâtre est un peu trop sacré, il est un peu à part dans le paysage européen. La place du texte y est particulière, alors que c’est souvent beaucoup plus détendu ailleurs. Les textes de Rafael étaient aussi mal traduits, de manière trop littéraire, alors que son théâtre est révolutionnaire, dans sa dramaturgie, autrement que par le texte. C’est un théâtre exclusivement fait de situations et qui n’est pas délié du contexte d’où il est écrit. A l’étranger, il est considéré comme un génie : il est acclamé à Londres ou chez Gorgio Streller à Milan. Alors peut-être que la France n’avait pas envie de le connaître. Et puis il y a la question des références, comme le polar ou les séries américaines, et celle de l’humour… L’humour : éternel problème ! Faire rire ne permet pas d’être considéré sérieusement. Il n’y a pourtant qu’à lire les trente pièces écrites par Rafael pour voir que son œuvre est énorme !
Pour vous, c’est une rencontre aussi forte qu’avec le théâtre de Copi ?
Leur théâtre ne se ressemblent absolument pas, mais oui ! Avec ces points communs que sont l’humour et la dérision. C’est d’une banalité sans nom ce que je dis, mais l’humour est le premier signe de l’intelligence. Dès que l’on peut regarder sa vie avec un peu de distance et d’humour, qu’on ne subit pas son destin, qu’on peut prendre du recul et arriver à en rire, c’est une posture quasiment philosophique.
Que faîtes-vous lorsque vous êtes à Paris ?
Je ne suis pas très souvent à Paris car je suis souvent en tournée. Donc, dès que je me retrouve chez moi, dans le 10e, je suis content, j’en profite pour ne rien faire. Je suis désolé mais je suis vraiment mauvais pour donner de bonnes adresses, vous vous êtes trompé de personne (rires) ! J’aime tout simplement me balader près de chez moi, près de l’Opéra comique, je vais au cinéma à 11h ou à 1h du matin au Max Linder. J’aime bien Paris car j’y suis peu. Je prends un café au Brebant sur les Grands Boulevards, on y fait de très bonnes frites. J’aime aussi marcher du côté de la rue Montorgueil en dehors des heures de pointe.
Adresses :
- Brasserie Brebant : 32 boulevard Montmartre, Paris 9.
- Max Linder : 24 boulevard Poissonnière, Paris 9.
« L’Entêtement » de Rafael Spregelburd. Mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo et Elise Vigier (Théâtre des Lucioles) dans la cadre du Festival d’Automne.
Du 12 au 15 octobre à la MAC de Créteil. www.maccreteil.com
Du 14 novembre au 4 décembre au TGP de Saint Denis. www.theatregerardphilipe.com
Plus d’infos : www.festival-automne.com



