Les Soeurs de la Perpétuelle Indulgence - Le Couvent de Paris © Soeur Ranya

 

 

Dans Vivre Paris#7, nous avons publié un article sur les Soeurs de la perpétuelle indulgence du Couvent de Paris. Nous vous proposons donc, la suite avec une interview de Soeur Narta la Rousse, dite la Qui-Pue et Catin malgré Elle, la Mère Supérieure du Couvent.

 

 

 

 

Soeur Narta © Soeur Youtopia

 

 

Qui es-tu, toi, dans la vraie vie ?

Je m’appelle Stéphane, j’ai 40 ans. je suis originaire d’Orléans.

Comment es-tu entré chez les soeurs ?

Je suis entré chez les soeurs en 93, j’ai quasiment vu la naissance du couvent de paris qui s’est créé en 90. En fait, je connaissais les « fondeuses » avant d’y entrer. En 93, j’avais 22 ans. J’étais quand même assez jeune. Je suivais les soeurs parce que je les connaissais, je faisais de la logistique, je les soutenais, enfin plusieurs choses.

Bref, j’avais 22 ans et c’était une période très dure, on était en plein dans le sida. Tout le monde crevait, il n’y avait pas de traitement efficace. Moi, je ne me sentais pas capable d’assumer le rôle de soeur ou de garde suisse. Je faisais vraiment jeune et je n’avais pas la maturité pour devenir soeur à mon goût. On m’a dit fait l’enfant de choeur. Je suis donc devenu un enfant en soutane, et sans rien en dessous cela va sans dire !  J’étais la petite chose du couvent. Je trouvais ça vraiment rigolo et ça fonctionnais très bien. J’étais donc l’enfant de choeur Jérémy.

J’ai un peu laissé tomber les soeurs en 95 en raison de problèmes personnels. Puis, il y a eu pas mal de problèmes internes, le Couvent de Panam a été créé. mais ça ne marchait pas trop bien, des bisbilles internes. Certaines soeurs ont re-toqué à la porte du Couvent de Paris qui s’était un peu endormi même s’il y avait toujours du monde (dont moi). C’était en 2005. Nous nous étions donné une année. La sauce a pris et l’association a été réactivée.

Comment devient-on soeur ?

Les soeurs entrent au couvent comme postulante, puis comme novice et ensuite les cornettes ! Mais elles ne sont pas seules. Il y a aussi les Gardes Cuisses. Et comme pour les soeurs, ils entrent en tant que postulant Garde Cuisses puis comme novice Garde Cuisses pour terminer Garde Cuisses avec un tricorne sur la tête. Ils représentent une tranche de la population fétichiste, cuir, latex SM… Il est lui aussi maquillé : il a le front blanc et rajoute des couleurs par dessus. Comme les soeurs, de part son maquillage, c’est un personnage anonyme. Ils sont l’armée des soeurs (en référence aux Gardes Suisses du Vatican). Et comme leur nom l’indique, ils gardent les cuisses des soeurs. Même si elles ont un bon sac à main pour se défendre en cas d’attaque ! En fait, ce n’est pas vraiment une armée, juste un trait d’humour, un personnage supplémentaire.

Il y a eu aussi des anges (plus en ce moment), des saints aussi. Et à chaque famille, il y a un cursus de formation qui permet un apprentissage. Ce sont des personnages créés par des gens qui avaient aussi envie de s’investir dans l’association mais sans entrer dans les personnages des soeurs et des Gardes Cuisses. On laisse la liberté aux gens d’inventer des identités pour faire partie de l’association sans pour autant les obliger à se travestir autant que nous. Car ce n’est pas évident pour un homme.

Vous êtes donc uniquement des hommes travestis ?

Nous sommes des personnages ! On nous dit souvent que le première fois qu’on nous voit, ça fait peur ! C’est vrai que quand on croise dans la rue un homme en jupe et maquillé à outrance, ça peut surprendre. À part dans quelques milieux particuliers comme la haute couture, l’art, etc. Si j’étais ouvrier en usine et que j’allais tous les jours travailler avec une jupe, ce serait pas la même histoire. Ce ne serait pas accepté. Il y a encore beaucoup de clichés. Il y a des gens qui entrent chez les soeurs, et qui adhèrent au combat mené mais qui ne se sentent pas le courage, la maturité ou la force de pouvoir mettre une robe, de se travestir. Ce n’est pas quelque chose d’évident. Surtout que les soeurs se revendiquent comme folles radicales.

Et au quotidien, comment ça fonctionne ? Qui prend des décisions ?

C’est très démocratique, c’est la parole collective qui prime. Voilà, c’est ça : un questionnement personnel et collectif. Il y a beaucoup de discussions de groupe. Et même s’il existe une hiérarchie, il n’y en a pas une qui décide pour les autres. C’est toutes ensemble ou ce n’est rien !

Pourquoi t’appelles-tu Narta la Rousse  dite la Qui-Pue et Catin malgré Elle :

C’est très simple, pour moi ça a démarré très jeune. Plus exactement dans les champs de tournesols que je surveillais quand j’avais trois quatre ans. J’entendais une voix dans les champs qui me disait « Narta, Narta… » Bon, j’avais peur, je me disais « qu’est-ce que c’est que ce truc ? » Et puis un jour, comme une lumière, un arc en ciel m’est tombé dessus et encore cette voix qui disait « Narta, Narta… » et moi je disais « mais non, moi c’est Stéphane…  » Et cette voix continuait  » non, tu verras quand tu seras grand tu seras Narta, folle et homosexuel et la perpétuelle indulgence aura besoin de toi. Je sais pas d’où ça vient, mon côté ésotérique peut-être ! Bon d’un autre côté on est pas très loin d’Orléans ! Bref,j’ai senti quelque chose en moi. J’ai rejeté totalement cette follitude et mon homosexualité pendant très longtemps. Ma première relation avec un mec, j’avais 19, 20 ans… vraiment sur le tard. Et un jour dans un bar célèbre, qui n’existe plus, je vois débarquer trois créatures démentes, des soeurs… et je me dis quelle idée géniale ! Et là, la voix et l’arc en ciel sont réapparus. Voilà pour Narta ! Et il faut avouer que lorsque j’étais jeune j’étais une vraie rousse. Et tout comme chacun sait, « les rousses ça pue ».  Donc au bout d’un moment ce n’était plus Stéphane mais tiens, « vla rousse qui pue… « . Et de fil en aiguille c’est devenu mon surnom. Quand on a réactivé le couvent, je ne voulais plus être enfant de choeur et je suis devenue soeur. Et puis je connais qu’un seul déo : narta ! Je trouvais ça plutôt rigolo.

Aujourd’hui, tu es « Mère supérieure ». Comment l’es-tu devenu ?

La Mère supérieure est un personnage qui est là pour personnifier le couvent aux yeux du public. Bon, on représente aussi l’autorité quand même. Elle assure aussi les élévations avec la marraine.  Comme chacune des soeurs, elle va porter la parole du couvent. Bien sûr, chacune d’entre nous est capable de faire une interview, de porter la parole du couvent mais la Mère est envoyée pour asseoir le truc. Elle est élue par acclamation à chaque assemblée générale une fois par an. Nous acclamons ou désaccclamons la mère. Mais, une fois que tu as été Mère tu le restes à vie. La Mère porte un voile ce que n’a pas la soeur. C’est une grande preuve de confiance et d’adhésion.

Les soeurs ont six voeux. Quels sont-ils ?

  • La promotion de la joie multiverselle
  • L’expiation de la honte et de la culpabilité stigmatisante
  • La paix et le dialogue entre communautés
  • La charité
  • L’information et la prévention du VIH et des IST
  • Le droit et le devoir de mémoire

Pour voir la fiche de Soeur Narta la Rousse  dite la Qui-Pue et Catin malgré Elle :

http://www.lessoeurs.org/les_soeurs/narta/

Et pour se tenir au courant des informations relatives au Couvent, une seule adresse : http://www.lessoeurs.org/